Lali

30 décembre 2005

Un jour, un parc

Filed under: Mes histoires belges — Lali @ 7:32

mariemont

À quoi ressemble le parc de Mariemont en hiver? Possède-t-il le charme discret et invitant de celui des jours d’été malgré la grisaille et les nuages? Les statues se sont-elles recroquevillées pour ne pas subir les affres du froid? Le paon fait-il encore la roue pour quelque touriste égaré? L’eau est-elle gelée? Certains sentiers toujours fermés parce que jugés trop dangereux?

Qu’en est-il de Mariemont à cette période de l’année? Est-il décoré, voire illuminé? Est-il encore pour certains un lieu de partage et de confidences? Est-il, comme pour Fabien, un lieu où il se retrouve, et où il m’a emmenée pour que je le connaisse davantage, que je sente, grâce aux allées et aux arbres qu’il fréquente depuis des années, un peu de lui?

Notre vie est ponctuée de grilles que nous franchissons, de sentiers que nous parcourons, de fausses pistes aussi, de détours qui n’ont pas de prix, de paysages à couper le souffle, d’arbres immenses, d’océans brumeux, de traces de pas sur le sable, de roches qu’on lance à l’eau, de feuilles mortes où on s’ébroue, de regards qui disent tout, de bancs où on ne prend pas toujours le temps de s’asseoir, de vents qui soulèvent, de clins d’œil complices, de neige durcie qui craque sous les pas, de couchers de soleil qui laissent muets, de pieds dans l’eau, de rires d’enfants, de glaces aux mille parfums, de pluies diluviennes, de cheminées qui fument, de mains qui se tendent, de cadeaux qui ne se déballent pas, de sourires inscrits à jamais, de paquebots qu’on regarde passer, de baisers échangés, de coquillages ramassés, de livres dévorés, de cafés sur des terrasses, de poèmes qu’on n’écrira jamais, de pelouses où s’étendre, de vols d’oiseaux, de chansons qui font danser, de recoins cachés qu’on croit être seuls à connaître, de cocottes de pin tombées qu’on ne ramasse pas…

Repenser au parc de Mariemont me fait curieusement entrer en moi et voir tout cela défiler, tout ce qui me fait vibrer et vivre. Car il est de ces lieux où on fait la paix avec soi-même.

29 décembre 2005

Une citation parmi tant d’autres

Filed under: Revendications et autres constats — Lali @ 23:02

Porter la liberté est la seule charge qui redresse bien le dos.
[ Patrick Chamoiseau ]

lignepapillons

J’aime les phrases, celles des romanciers. Les paroles de chansons, les poèmes. Les répliques de théâtre. Les mots d’enfants. J’aime tous ces mots qui inspirent et qui donnent des ailes. J’aime que les mots des autres me fassent réfléchir et écrire. J’aime m’arrêter au sens ou à la musique qui se dégagent de leur alignement. J’aime être bouleversée par ceux qui ont su dire. J’aime les images qui se dessinent à partir de bouts de phrases. J’aime le flou de certains et la précision des autres. Oui, j’aime les mots.

Et il ne faut pas souvent plus qu’une phrase pour que j’extirpe de mon cocon. Que je me sente des ailes pousser. Qu’une phrase me parle tellement que je la fasse mienne pour un temps, le temps qu’une autre prenne sa place.

Les phrases s’accumulent dans mes carnets épars, dans ma correspondance, dans mes textes. Des phrases tirées de lectures ou qu’on m’offre. Des phrases. Toutes simples. Qui ouvrent sur des émotions.

Celle de Chamoiseau me rappelle la chute de Ceaucescu un décembre d’il y a quelque temps. La première lettre de Catalina, l’amie roumaine, après l’événement, qui découvrait une certaine forme de liberté, était troublante. Dans les journaux, à la radio, à la télévision, liberté rimait avec démocratie, un mot qu’elle n’avait jamais entendu, qui n’existait dans aucun dictionnaire.

La démocratie et la liberté sont-elles synonymes, me demandait-elle. Je ne me souviens pas les mots que j’ai utilisés tellement j’avais été ahurie de constater qu’elle n’avait aucune idée du sens du mot décmocratie. Et que ce qu’elle appelait liberté n’avait rien à voir avec ma définition bien personnelle. Je me rappelle avoir sorti les dicos, avoir questionné autour de moi, pour lui donner avec le plus de précisions possible les sens des deux mots.

Je crois que j’aurais bien aimé pouvoir lui livrer cette phrase de Chamoiseau, même s’il y est question de liberté et non de démocratie. Une phrase qui, ce soir, me va bien. Est-ce parce qu’on vole mieux le dos droit ?

À mi-chemin…

Filed under: Mes histoires belges — Lali @ 22:14

avionvalise

Il y a six mois, j’arrivais en Belgique. Et dans six mois, je compte y être à nouveau. Parce que ce jour-là Sébastien aura 29 ans et que nous devons aller danser dans les rues pour fêter la victoire à venir sur la maladie.

Seb, je ne le connais qu’à travers nos conversations, pas encore dans le réel. Voilà bien deux mois que nous rions ensemble, que nous nous confions nos doutes, que nous passons du temps ensemble. Oui, il veut m’initier au foot, en grand fan du Standard qu’il est. Mais aussi, me faire voir des endroits qu’il aime.

Je lui envoie des photos de ma neige, des chansons d’Isabelle Boulay. Et il me fait un vidéo des meilleurs moments de sa soirée de foot en échange, le rigolo !!

Et on se boit un café. Ou deux, ou trois. Parfois, il part très tôt le matin et je lui tiens compagnie, le décalage aidant, pour qu’il ne passe pas tout droit. D’autres fois, juste un coucou en passant. Il sait que je suis là et je sais qu’il est là. Lessines n’est pas si loin, au fond. Je regarde ma carte et je me dis que dans six mois j’y serai.

Me voilà vraiment à mi-parcours, entre la première arrivée et le retour. Jocelyne avait raison, le temps file quand on a but, un rêve et des gens qui nous attendent. Et bizarrement, il y en a encore plus maintenant que quand j’ai quitté Bruxelles le 17 juillet.

Vivement juin.

Tremblements intérieurs

Filed under: Images indélébiles — Lali @ 6:45

queenmary

Le Queen Mary est un hôtel
Au large de Beverly Hell

chantait Peyrac, dans So far away from L.A.

Personne ne m’aura donné davantage le goût de la Californie que lui. Lui qui l’a aimée, lui qui y a vécu, lui qui a été déçu par elle. Lui qui l’a tant chantée. Lui qui m’a attirée là-bas en 1979.

Voir la Californie à 17 ans, c’est entrer dans un monde, car rien ne ressemble à la Californie. Un microcosme à elle toute seule. Où le non conformisme de San Francisco côtoie le tape à l’œil de L.A. Où les plages des beach boys défilent, alors que dans les banlieues avoisinantes, on parque les pauvres. Où la gastronomie existe même si elle côtoie le fast food à tous les coins de rues. Où on vit avec la crainte perpétuelle des tremblements de terre.

C’est d’ailleurs sur le Queen Mary que j’ai vécu mon premier tremblement de terre. Pas un gros, bien entendu. Mais un qui donnait l’impression que le bateau-hôtel pourtant bien amarré allait prendre le large dans la minute. Curieuse impression que ce roulis. Surtout quand on n’a pas pied à terre.

Pourquoi ce souvenir plutôt qu’un autre ce matin, à l’heure du café ? Est-ce l’arrivée prochaine de la nouvelle année qui me fait constater tous ces tremblements intérieurs de celle qui se termine ? Comment savoir ? Et pourtant, quelque chose se dérobe sous mes pas, comme chaque fois que je tourne les pages d’une année. Depuis toujours.

Les dernières heures d’une année font ressurgir des pans entiers de celle qui s’éteint, ouvrent les portes de celle à venir en se demandant ce qu’elle sera.

Je suis un peu à l’image de ce Queen Mary un après-midi de juin 1979. Amarrée solidement, mais prête à prendre la route au moindre tremblement.
Que sera 2006? J’ai encore quelques heures pour faire le tour de 2005, rêver l’année à venir et envoyer mes vœux. Je sais déjà une chose. 2006 me fera à nouveau traverser l’océan. C’est peut-être la seule chose que je sache, d’ailleurs.

28 décembre 2005

Pierre comme Pierre Rapsat

Filed under: Mes histoires belges — Lali @ 22:23

namêche1

Pour moi, Pierre Rapsat, ce sera toujours un peu Namêche.
Parce que Chantal, qui me l’a fait découvir, était de Namêche, qu’elle l’a connu, qu’elle m’a raconté ses soirées spaghetti avec lui au café de la gare, ses spectacles à la maison des jeunes.
Parce que c’est avec le corsaire de Namêche que j’ai le plus écouté Rapsat. À m’en enivrer.

Rapsat qui préférait les petites salles. Rapsat, le poète mort prématurément.
Rapsat dont les musiques virevoltent dans ma tête.
Rapsat dont je ne savais rien avant août 2004.
Rapsat dont j’ai fait miennes certaines phrases qui m’émeuvent, même si entendues plus de cent fois.

C’est rien qu’une chanson
Un manque de raison
Un peu d’émotion
Qu’on lâche comme des ballons

Et plonger et plonger
Plonger dans une eau claire
Et nager et nager
A contre-courant
Prolonger prolonger
Prolonger l’éphémère

C’est rien qu’une chanson
Un manque de raison
Un peu d’émotion
Qu’on lâche comme des ballons…

Une chanson. Quelques chansons. Un univers. Qui a nom Pierre Rapsat.

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