Lali

26 mai 2006

Marre des billets pour deux

Filed under: États d'âme — Lali @ 17:29

mv

Pourquoi tout fonctionne par paires, dites-moi? On ne gagne pas une place au cinéma ou au théâtre, mais deux. Et si c’est un voyage, c’est aussi pour deux. Toujours deux. On ne pourrait pas avoir un seul billet pour deux films ou deux pièces ou deux voyages pour une personne?

Je sais bien que ça ferait des mécontents, mais ça ferait mon bonheur. C’est toujours un casse-tête de trouver quelqu’un à qui offrir le billet la veille ou le jour même de l’événement. En tout cas, pour moi qui n’ai pas de chevalier attitré – heureusement, mais là c’est un autre sujet – et qui n’aime pas passer des heures au téléphone à chercher celui ou celle qui sera libre, ce serait une merveilleuse alternative que de me voir offrir deux billets non pas pour la même représentation mais pour deux spectacles.

Le téléphone a sonné vers 15h30 pour tout vous dire. Des billets de théâtre pour ce soir. J’ai dit d’offrir le second à quelqu’un d’autre. Bien sûr, j’aurais pu faire le bonheur de quelqu’un, mais avec un délai si court, c’est d’une complexité… Alors, je préfère y aller seule. Et ce n’est pas que ce soir que je préfère qu’il en soit ainsi, c’est en général. J’aime voyager seule. J’aime aller au cinéma seule. J’aime aller au théâtre et au musée seule.

Je ne dis pas que je déteste la compagnie, il ne faut pas pousser, mais je ne suis pas en « punition » quand je sors seule. Je ne suis pas malheureuse non plus, loin de là. J’aime la compagnie, mais j’aime encore mieux la solitude. Et ce n’est pas d’hier. Même enfant, j’organisais des jeux pour ma sœur et les amis, et quand je voyais que tout se déroulait bien et qu’on n’avait plus besoin de moi, je m’isolais avec un livre en jetant un œil de temps en temps.

Ne me dites pas que le monde va par paires, je n’y crois pas. Mon monde à moi, ce sont les autres, ceux que j’aime, mais aussi, moi, et et non pas moi accompagnée. Et ce soir, j’irai seule au théâtre, comme jeudi j’irai seule au vernissage de Danielle, et seule aussi au récital de poésie de vendredi prochain.

Il serait temps de revoir les concours et de proposer une autre formule. Je le redis : deux billets pour une même représentation OU un billet pour deux spectacles différents. Mais bon, qui sera le premier à innover? Et quand?

25 mai 2006

En manque de livres

Filed under: États d'âme — Lali @ 20:18

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Ma semaine de travail est terminée. Et je n’ai qu’une envie pour ma journée de demain: lire… et au lit, en plus !! Besoin de caresser la couverture d’un livre, de tourner les pages, de me laisser emporter par une histoire ou une autre. Besoin de me faire plaisir. Car mon trajet trop court ne permet pas de lire, même s’il me permet d’être chez moi relativement tôt.

Oui, besoin d’apporter deux ou trois bouquins au pays des oreillers et de ne pas choisir. Besoin de mots, de réflexion, de création. Une certaine avidité, même, pas juste un besoin.

Parce que je n’ai pas encore tout à fait adopté un rythme ni un horaire qui privilégient des moments avec les livres. Parce que je suis encore dans le début d’une nouvelle vie que j’apprivoise.

Il me faut des livres. Et demain, inutile de me chercher, c’est avec eux que je serai. Peut-être même tout à l’heure, quand j’aurai soupé. Ils m’ont manqué cette semaine, même si j’ai lu quelques pages chaque soir. Oui, ils m’ont manqué, alors que me manquent rarement les gens que j’aime, puisque ceux-ci sont en moi, partout, en tout temps, sans que je ne souffre de leur absence.

Vivement lire sans regarder l’heure…

24 mai 2006

Six mois déjà

Filed under: États d'âme — Lali @ 21:38

etoiledemer

Il y a six mois aujourd’hui commençait la grande aventure du blog de Lali. Je ne savais pas trop ce que j’y raconterais quand Patrick m’a offert cet espace. Et pourtant…

Tous les jours, j’ai eu quelques jours à relater. Une amitié, un paysage, un livre, un film, un plaisir… Je n’ai jamais eu à chercher. J’ai toujours regardé, toujours goûté à plein la vie, toujours enregistré la moindre image et pris beaucoup de plaisir à partager. Alors, mes histoires arrivaient toutes seules, parfois en bousculade, et je devrais préférer l’une à l’autre.

Ma vie a pourtant pris une tournure que je n’aurais jamais imaginée, ces six derniers mois. Et je l’avoue, il y a des jours où le découragement s’est abattu sur moi, mais chaque fois j’ai résisté. Je savais bien qu’une étoile quelque part veillait sur moi. Une étoile qui me fait écrire, qui me rend vivante…

Mais tout cela n’est qu’une image. Et j’aime les images. J’aime celle d’une étoile de mer comme étoile protectrice. J’aime cette étoile qui a connu l’immensité de l’océan, qui a visité les profondeurs pour s’accrocher à une vague et se déposer à mes pieds. J’aime penser que je lui ressemble un peu.

Je n’ai pas survécu au cancer ni au tsunami. Je n’ai pas accompli de grandes choses ou été l’auteure de la découverte du siècle qui débute. Je n’ai rien fait de tout cela. Mais j’ai surmonté mes blessures et mes déceptions, comme beaucoup de gens le font. Et je veux croire que je compte assez pour certaines personnes – qui ont été là pour moi ces dernières semaines, ces derniers mois, ou depuis des années – et que sans moi la vie ne serait pas tout à fait pareille, puisque sans elles la mienne serait bien fade.

Ils ont été fabuleux, ces six derniers mois, au fond. Ils ont été l’occasion de me livrer quotidiennement. Non pas un exercice de style, et encore moins une obligation. Mais un pur plaisir.

23 mai 2006

Quand le scandale arrive

Filed under: À livres ouverts,Mes lectures belges — Lali @ 8:04

baigneuse

Je n’avais pas envie de terminer le roman d’Armel Job. Je voulais encore rester dans l’après-guerre des Ardennes, dans ce petit village où chacun sait et se tait. Qu’il s’agisse du curé, du charcutier ou du peintre. Car chacun des protagonistes du roman possède les clés de l’énigme et une part d’un secret qui date des années de résistance.

Et si José, peintre réputé, venu se cacher pendant la guerre, n’avait pas été subjugué par la beauté de la jeune Thérèse jusqu’à la peindre nue, d’où le titre du roman, rien ne serait arrivé. Rocafrène aurait coulé des jours tranquilles. Mais il a fallu que José peigne Thérèse, que le tableau se retrouve dans une vitrine de Liège et que qu’un article avec la photo du tableau se retrouve dans toutes les maisons du village.

Il n’en fallait pas plus pour que chaque personnage se trouve impliqué d’une façon ou d’une autre dans le drame. Il n’en fallait pas plus pour que les langues commentent le comportement de Thérèse. Il n’en fallait pas plus pour que José passe pour un salaud, alors qu’il n’avait voulu qu’exprimer la beauté de l’âme de Thérèse. Ainsi tente-t-elle d’exprimer à Libert, son amoureux, pourquoi après avoir posé pour un chaste tableau, elle a posé à nouveau : « Tu n’as jamais eu les genoux, les bras, le ventre qui rient ? Monsieur José m’a expliqué qu’on a son âme sur toute la surface de son corps. Et tu vois, dans ce moment-là, personne ne m’a dit quelque chose de si juste, de si vrai, sur ce qui m’arrivait. C’est pour cela que j’ai accepté de recommencer à poser. »

Thérèse a seize ans. Elle a encore ce regard étonné que les autres ont perdu, la générosité du cœur qui n’a pas encore été trahi. Et c’est cela que José a vu. C’est cela qu’il a peint. Mais chacun a voulu voir autre chose, chacun a fabulé, chacun a imaginé une histoire qui n’est pas celle-là.

Le roman d’Armel Job est une toile. Il ne pouvait que porter le titre du tableau de José Cohen. L’écrivain et le peintre, ici, ont un même dessein: montrer l’âme. Mission accomplie.

22 mai 2006

Le théâtre du Rond-Point

Filed under: Ailleurs — Lali @ 21:00

trp

J’aime penser à Paris. J’aime fermer les yeux et m’y retrouver.
Souvenirs d’une glace chez Berthillon avec Monique. D’une promenade avec Hélène. D’un souper japonais avec Olivier et Sabine. D’un déjeuner avec Sonia sur les Champs-Élysées. D’une soirée au théâtre avec Jasmine.

Souvenirs si nombreux qu’il me faut raconter Paris par épisodes. Comme ils surgissent. Dans le désordre. Et c’est très bien ainsi. On ne range pas ses souvenirs, on les laisse se faire eux-même leur place.

Et ce soir, je me revois au Théâtre du Rond-Point, il y a 20 ans. Je revois la petite table du café du théâtre, où, arrivée tôt, je m’étais installée avec de quoi écrire et un livre. Je revois aussi à quelques mètres de moi, que je n’ai pas osé aborder, Jean-Louis Barrault. J’étais dans son théâtre, peut-être même plus sa maison que tout autre lieu. Il buvait son café, tout seul. Parfois, quelqu’un le saluait, lui demandait quelque chose en pointant du doigt une ligne sur une page. Mais toujours brièvement. Comme pour le laisser à ses pensées.

J’aimais le regarder sans troubler sa quiétude. Par pudeur, par respect, va savoir.

Le théâtre du Rond-Point sera toujours empreint de cette image de Jean-Louis Barrault, installé là, parce qu’il n’avait pas à aller ailleurs: toute sa vie était là, en ces murs. Dans ce lieu où ce soir-là j’allais voir Les amours de Jacques le fataliste d’après Diderot, dans un texte servi par Jacques Spiesser et Francis Huster, qui en avait fait l’adaptation.

J’ai un souvenir vague de la pièce. Le sentiment de quelque chose d’intimiste, mais d’aride en même temps. Mais peut-être ai-je tout faux. L’image de Barrault est plus forte que le souvenir de la pièce. Aussi forte que celle de sa peau blanchie dans Les enfants du paradis, revu à Haarlem l’année précédente, avec Annemarieke.

jlb

Lequel des deux Jean-Louis Barrault est plus présent dans ma tête ? L’acteur ou l’homme ? Celui du film de Carné ou celui assis à une table, tout seul ? Les deux, je crois, mais pas pour les mêmes raisons. C’est Barrault en Baptiste que j’ai d’abord connu bien avant de découvrir l’homme de théâtre, puis l’homme tout court.

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