Promesse d’avril
Ils sont là. Prêts à s’ouvrir. Comme une promesse d’avril qui se réalisera en mai. Une promesse retenue par l’objectif de Géraldine. Dont les narines doivent frétiller de bonheur. Le lilas blanc a cet effet.
Ils sont là. Prêts à s’ouvrir. Comme une promesse d’avril qui se réalisera en mai. Une promesse retenue par l’objectif de Géraldine. Dont les narines doivent frétiller de bonheur. Le lilas blanc a cet effet.
Ce soir, elle a lu Épeler le jour, le poème qui donne son titre au recueil. Ce soir, elle s’est imprégnée des mots de Rosa Alice Branco encore une fois. Ce soir, la lectrice d’Onelio Marrero va le laisser le livre ici une dernière fois. Elle sait que d’autres auront été touchés. Elle sait que le partage n’a pas été vain. Elle sait que quelques traces vont subsister dans d’autres mémoires que la sienne.
J’ai tout à dire et j’use les mots
pour y parvenir. J’ignore si je m’écarte
ou je m’approche. Si jamais j’ai effleuré
la peau de l’essentiel. Et je demande toujours
pourquoi ces lignes têtues en moi.
Le passé n’est pas ce qu’on a accompli,
mais ce qu’aucun mot ne refera.
C’est pourquoi je lis toujours dans l’avenir, mais j’ignore
de quel côté du temps j’écris. Et si je savais
que je traîne les lettres comme un crabe
je dirais que j’ai seulement cette poignée de mots.
J’épelle les choses en chaque jour qui me regarde
quand je me sens capable de la voir. Voilà tout.
Et il n’y a pas d’excuse à ce que je fais.
Elle a étalé les lettres. Des centaines de lettres. Des lettres qui ont été écrites jour après jour pendant des mois. Des lettres qu’elle n’avait pas relues. Ou alors juste quelques-unes.
La lectrice de Stathis Vatanidis contemple son trésor. Le seul trésor qui compte à ses yeux.
Elle ne relira pas les lettres ce soir. Elle caresse les enveloppes et les feuillets du bout des doigts.
Un jour, quand elle sera très vieille, elle les relira.
Et puis, peut-être que le bonheur, c’est un peu ça. Une ballotin de chocolat noir de chez Corné Port-Royal qu’une amie en transit a débusquée dans un aéroport juste pour voir mon visage s’illuminer, ma bouche saliver et mes yeux s’agrandir.
Après la première bouchée, j’étais trans-fi-gu-rée. Rien de moins.
Le pain était portugais, le pastrimi italien, la moutarde française, le fromage hollandais, le café colombien. Et tout en mangeant, la lectrice de Chen Bolan a ouvert un livre. Les mots, comme tous les mets, n’étaient qu’invitation au voyage.