Lali

2 septembre 2010

Quelques poètes du XXe siècle 5

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La lectrice du peintre italien Eugenio Viti a ouvert le numéro d’avril-juin 1985 de la revue Poésie 1 au hasard. Parce qu’elle se dit que le hasard n’existe pas, que ce qui décidera de son choix sera ni plus ni moins que ce qui devait arriver, un forme de destin. Et c’est ainsi qu’elle a découvert Luc Decaunes et plus précisément ce poème :

Passage

Tu passais c’était comme au ciel
et sur les maisons les nuages
pour te regarder faisaient halte
au milieu d’un concert d’oiseaux

Tu passais oh le beau dimanche
les roses pâles sur l’autel
un bonheur allait apparaître
entre deux branches de lilas

Le temps de détourner la tête
de soupirer à demi-voix
le temps que batte la paupière
et déjà tu n’est plus là
(Luc Decaunes)

Deux courtes nouvelles délicieuses

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C’est ce que propose Jean-François Delapré avec Catalène Rocca et L’homme au manteau de pluie, deux nouvelles mettant en scène des libraires et réunies dans un tout petit livre jaune qui se glisse facilement dans une enveloppe. C’est d’ailleurs ainsi qu’il a franchi l’océan depuis Fontainebleau, accompagné d’un autre livre, introuvable ici, que Chantal a eu la gentillesse de me faire parvenir.

Et quel bijou que ce petit livre! Un véritable trésor! Catalène Rocca en quelques pages résume le travail d’un libraire qui s’acharne à tenter de trouver le livre d’un auteur inconnu tandis que L’homme au manteau de pluie met en scène le mystérieux client d’une librairie dont l’identité ne sera révélée qu’à la dernière page.

Une belle surprise que ce cadeau! Un véritable coup de foudre. Je ne remercierai jamais assez celle qui m’a offert ce livre que je risque d’offrir à mon tour à la moindre occasion!

1 septembre 2010

Quelques poètes du XXe siècle 4

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C’est la lectrice peinte par l’artiste Walt Kuhn qui ce soir intéressé au numéro d’avril-juin 1985 de la revue Poésie 1 consacré aux poètes du XXe siècle. Un numéro dont la lecture lui a donné l’occasion de faire connaissance avec quelques auteurs et parmi eux Alain Borne, auteur de l’extrait de ce soir :

La main touche une jupe

La main touche une jupe
muguets fanés, je me souviens,
tiède comme un début de peau,
un feu de sans brûle les os.

les joncs craquent sous le corps soupir,
et le miel bout dans l’œillet pourpre,
sur le brasier de myosotis
là-haut où les oiseaux s’étirent.

Carrière de braise rouge,
près d’une eau non doublée de tain,
où toute pudeur expire
au vent venu de si loin.

Sous août bruissant, la fièvre est fraîche,
et la brûlure encore glacée
des lèvres fanées de soif,
et du corps torride de sang.

Voici la baie de tes jambes,
avant cette île foudroyée
où peut-être un peu de neige
attend ma tête sans pensée.

(Alain Borne)

José Eduardo Agualusa, retenez ce nom

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Voilà le troisième roman de l’écrivain angolais José Eduardo Agualusa que je lis. Et comme dans Le marchand de passés et dans Les femmes de mon père, il se révèle un remarquable conteur.

À partir d’un personnage fictif qui aurait disparu mystérieusement à Luanda en 1992, la poétesse Lidia do Carmo Ferreira, c’est l’histoire de l’indépendance de l’Angola (avant, pendant, après) qui nous est dévoilée grâce à des personnages que nous retrouvons aux différentes heures de ce combat. Des entrevues que Lidia aurait données au narrateur aux épisodes complexes à cause des différents mouvements politiques désirant chacun leur part du gâteau, le roman dépeint une lutte sans merci où nombreux sont ceux qui trouvent la mort, et cela non sans humour à cause des personnages colorés dont Agualusa parsème son récit.

Un roman sur une période tragique de l’histoire vue par un journaliste-narrateur qui ne néglige pas les notes en bas de page afin d’éclairer le lecteur. Un roman qui ne ferme pas les yeux sur la cruauté ni sur les trafics. Un roman qui, malgré son réalisme parfois cru, reste teinté de poésie parce qu’il donne voix aux poètes. Un grand roman qui est aussi « un moment historique qui appartient exemplairement à l’histoire de l’humanité, au même titre que La storia d’Elsa Morante », affirme le quatrième de couverture. Un roman exploré avec minutie par Dominique Aussenac dans un billet que je vous invite à lire ici.

Et maintenant, il ne me reste plus qu’à me mettre sérieusement au portugais puisque seuls quatre de ses livres ont été traduits en français. Mais bonheur, il m’en reste encore un à me mettre sous la dent!

31 août 2010

Quelques poètes du XXe siècle 3

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C’est sur un poème de Luc Bérimont que s’est arrêtée la lectrice peinte par Annie Gooding Sykes, poème qu’elle a tiré du numéro consacré aux poètes du XXe siècle de la revue Poésie 1, poème que voici :

Art poétique

Écrire pour se voir
Et non pour se montrer,
Retrouver son histoire
Dans le vent, la fumée.

Suggérer : ne pas dire
Nommer sans dénommer
La glaxie qui vire
Au vent de ses pommiers.

Montrer le fil, la table
Parcourus de remous,
Prouver le flux instable
Des morts et des cailloux

La force d’une feuille
Le soyeux du ciment
Et que l’ombre des prèles
Bouge dans les amants.

Susciter le vertige
Ôter les parapets
Se vouloir l’homme-lige
Du sommeil et des blés.

Ouvrir au bruit des mondes
— Aux marches de la mer —
Une fraise qui gronde
La paille d’un éclair.

Unir ce qui s’oppose,
Rassembler sans répit,
Savoir qu’une main cause
Au centre de l’esprit,
Que nous lui devons l’être
Le gîte et le couvent
La forme des fenêtres
Et les mots de nos vers.

Être une artère étanche
Du silence au papier,
Capter la lignée franche
Du fer et des osiers.

Avancer sans lumière
Au long des corridors
Dans la ruelle amère
Où s’arme notre mort.
Donner son cœur, ses lèvres
À qui n’attendait rien;
Déraciner la fièvre
Remplacer l’eau du puits
Les oranges, la fève
Le pain qui n’est pas cuit.

Marcher tout son voyage
En mendiant son feu,
Renverser les barrages
Sans hargne, comme un jeu.

Délimiter la terre
Pour mesurer son nom.
Obtenir son pardon
De vivre; et puis se taire.

(Luc Bérimont)

30 août 2010

Quelques poètes du XXe siècle 2

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C’est la lectrice peinte par Danuta Muszynska, native de Pologne, mais vivant aux États-Unis depuis quelques années, qui a ce soir parcouru le numéro de la revue Poésie 1 consacré aux poètes du XXe siècle que la lectrice d’hier a sélectionné pour celles des prochains soirs. Et c’est sur un poème de Lucien Becker qu’elle s’est arrêtée.

Pas même l’amour

Pas une main ne peut venir à ton secours
au bord de la nuit qui te monte jusqu’au cou.
Tu ne peux rien sauver, même pas ce regard
de femme pour lequel longtemps tu as vécu.

Du monde, tu ne vois plus qu’arbres qui décroissent.
Tu sens que chaque parole que tu prononces
se durcit comme une pierre en passant la bouche.
Tu sens que l’amour était encore de la solitude.

Le ciel est beau comme un front, les femmes plus jeunes
que tout le poids d’herbe du vent dans le matin.
Il y a des enfants joyeux qui te regardent
sans savoir que la mort existe aussi pour eux.

Après avoir tenu le monde d’un regard,
tu n’as plus droit qu’à une place dans la terre
qu’il te faudra payer, si tu veux être seul, seul comme peuvent et doivent l’être les morts.

L’enfant qui n’aimait pas les livres

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Avec un titre pareil, L’enfant qui n’aimait pas les livres ne pouvait qu’attirer mon attention. Et quand, de plus, j’ai découvert que pour les parents de cet enfant-là, les livres étaient toute leur vie, puisque le père est imprimeur et la mère libraire, et que tous deux passent tout leur temps libre à lire, il m’a fallu parcourir de toute urgence cet album de Martin Winckler (l’auteur de La maladie de Sachs) illustré par Stéphane Sénégas.

Or, Jérôme n’aime pas les livres. Mais pas du tout. Il n’aime que ses cubes et les petites voitures. Que les histoires qu’on invente. Pas celles des livres. Sauf que Jérôme va bientôt devoir aller à l’école et apprendre à lire et à écrire. Chose à laquelle il s’oppose fermement et qui pose un grave problème à ses parents.

Heureusement, un vrai grand-père comme on en trouve dans les livres pour enfants viendra sauver la mise grâce à deux comparses qui lui offriront un livre dont il voudra bien sûr découvrir le contenu puisqu’ils lui ont affirmé qu’il contenait un secret.

Un incontournable pour toutes les grands-mères qui petit à petit préparent les futures bibliothèques de leurs petits-enfants qui ne lisent pas encore.

29 août 2010

Quelques poètes du XXe siècle 1

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Quelques recueils et des revues littéraires consacrées à la poésie attendaient la lectrice du peintre Rafael Estellés Bartual et je la regardais faire, aller de l’un à l’autre en me demandant sur quoi s’arrêterait son choix. C’est quand elle est partie en laissant un signet entre deux pages que j’ai constaté qu’elle s’était arrêtée à la revue Poésie 1 et à son numéro d’avril-juin 1985 consacré aux poètes du XXe siècle. C’est donc par un texte de Marcel Béalu que débute cette petite incursion au pays des poètes du XXe siécle.

Les morts qui habitent les étoiles
Ont empli de larmes la prairie

Notre amour comme une fleur piétinée par l’orage
Se redresse et sourit au soleil revenu

Allons-nous retrouver ce bonheur
Dont la clé gît rouillée sous la glycine
Près de la porte abandonnée

Le bel été regarde s’éloigner
Ce délire qui passa sur nos cœurs
Comme le crépitement de l’averse
Sur l’océan désert

La rivière se cache dans un nuit de feuilles
Tout retourne au secret l’herbe et ta nuque blanche
Ton visage où glisse encore un pleur
Et nos mains à nouveau réunies

(Marcel Béalu)

28 août 2010

Les mots de Tagore 7

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Avec un dernier texte choisi par la lectrice peinte par Simon Mondzain se terminera notre voyage dans l’œuvre de Tagore, une incursion de quelques jours qui vous incitera peut-être à aller découvrir le poète indien à qui on a décerné en 1913 le prix Nobel de littérature. Un dernier texte que voici :

Je sens que toutes les étoiles palpitent en moi.
Le monde jaillit dans ma vie comme une eau courante.
Les fleurs s’épanouiront dans mon être.
Tout le printemps des paysages et des rivières monte comme un encens dans mon coeur, et le souffle de toutes choses chante en mes pensées comme une flûte.

27 août 2010

Les mots de Tagore 6

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C’est la lectrice du peintre d’origine suédoise vivant à Amsterdam Urban Larsson qui ce soir a ouvert, non sans émotion, ce recueil de Tagore dont elle avait entendu parler, sans le connaître. Un recueil qui l’a émue et dont elle a tiré ces mots :

Tu étais au centre de mon âme, c’est pourquoi lorsqu’elle vint à errer, elle ne te trouva plus; tu te détournas de mes amours et de mes espoirs jusqu’au dernier, mais tu étais en eux, toujours.

Tu étais la joie intérieure des jeux de ma jeunesse; mais lorsque j’étais trop pris par le jeu, je passais à côté de la joie.

Tu as chanté pour moi dans toutes les extases de ma vie, mais j’ai oublié de chanter pour toi.

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