Lali

22 juillet 2010

La mort a-t-elle un sens quand on a 17 ans?

Enregistré dans : Pour petites mains, À livres ouverts, Mes lectures belges — Lali @ 19:40

ne-plus-vivre-avec-lui.gif

Sylvia a dix-sept ans, deux petites sœurs de cinq ans et des parents qui ont choisi la garde partagée au moment de leur séparation. Une situation dont elle ne veut plus et dont elle a parlé avec sa mère qui n’a rien contre le retour à temps plein de son aînée chez elle. Une situation dont elle a touché à son père dans un message et avec lequel elle a une courte conversation avec lui à ce sujet, jusqu’à ce que celle-ci se trouve interrompue par un bang fatal.

Ne plus vivre avec son père, ça ne voulait pas dire ne plus avoir de père. C’est pourtant ce à quoi Sylvia, qui a toujours douté de l’amour de son père, se verra confrontée. C’est aussi pour elle la découverte d’un père qu’elle ne connaissait pas et dont le décès va changer la vie et jusqu’à un certain point lui donner un sens, puisque c’est elle qui prendra en charge toute la cérémonie des funérailles, selon un livre sur le culte des morts et des ancêtres au Vietnam qu’elle a trouvé sur la table de chevet de son père.

C’est un magnifique livre, plein de tendresse et de rage, de douleur et d’amour, que nous offre Eva Kavian dans ce livre destiné aux adolescents mais que je conseille à tous. Parce que l’auteure a cette écriture pleine d’images qui me touche à tous les coups, cette manière à elle de dédramatiser, ce regard sur la beauté du monde et la fragilité de la vie qui n’appartiennent qu’à elle.

30 juin 2010

Un remarquable roman sur l’aphasie

Enregistré dans : Pour petites mains, À livres ouverts, Mes lectures belges — Lali @ 14:04

licorne.jpg

Certains livres abordent des sujets graves sans porter sur eux tout le poids de cette gravité. Tel est le cas de La dernière licorne de la Namuroise Eva Kavian, une auteure dont j’ai apprécié chacun des livres (voir ici, et là aussi) et qui, avec celui-ci, fait une incursion dans la littérature jeunesse. Un livre porté par l’amour : celui qu’on donne, celui qu’on reçoit, celui qu’on espère, celui dont on doute.

Et c’est cet amour plus fort que tout que Paula a pour Anna, sa sœur aînée devenue aphasique lors d’une chute où la plus grande a tout fait pour protéger la plus petite qui constitue la ligne directrice de ce splendide roman fait de tendresse et d’humour, ceux qu’on retrouve dans tous les livres d’Eva Kavian et qui en font des livres remarquables et marquants.

Un amour tel qu’un jour, pour sauver Anna, Paula ira jusqu’à prendre sa place dans une institution. Un séjour qui la révélera à elle-même et qui fera qu’en quelques semaines tous les événements venus bouleverser son quotidien (notamment la mort de son grand-père) déclencheront une suite d’événements dont tous sortiront métamorphosés.

Un livre qui pose en même temps un regard sur l’aphasie, sur ce monde dans lequel vivent ceux qui en sont atteints et sur les manières de les aider à vivre une vie normale. Un sujet grave, disais-je. Mais c’est sans compter la façon de raconter d’Eva Kavian, sa manière de présenter chacune des étapes de l’apprentissage de Paula avec les yeux d’Anna, qui savent donner juste assez de légèreté au sujet pour que nul n’étouffe, impuissant.

Une fois de plus, chapeau à Eva Kavian qui m’a transportée dans sa Wallonie le temps de quelques expressions bien belges (« faire les poussières », entre autres) tout en nous livrant un roman fort où domine l’amour.

27 avril 2010

Des histoires courtes à savourer

Enregistré dans : À livres ouverts, Mes lectures belges — Lali @ 20:12

zoologie.gif

Je savais avant même d’ouvrir Zoologie de Francis Dannemark que j’allais aimer ce livre. Parce que j’ai aimé tous les livres de cet auteur, et aussi parce que Zoologie réunit des histoires courtes, comme je les aime, tantôt fables, tantôt récits. Des moments, des souvenirs, des digressions, des regards, autant d’hommages à l’écrivain Richard Brautigan, dont je n’ai rien lu et qui a écrit : « Nous avons tous une place dans l’histoire. La mienne, c’est les nuages. »

Petit livre d’une centaine de pages, il peut se dévorer rapidement, comme on peut le traîner des jours et des jours pour savourer chacune de ses histoires, parfois clins d’œil, parfois en trompe-l’œil, chaque fois révélatrice d’un regard sur la société comme sur l’auteur lui-même.

Petits moments dont j’ai retenus ceux- ci :

Papillons

Quand on roule en voiture dans la ville, j’aime bien m’arrêter pour céder le passage à des piétons : parfois ils me sourient. Et tous ces sourires adressés au vent, je les conserve précieusement, au fil du temps, comme s’ils m’appartenaient.


Il y a des jours où la pluie semble avoir été inventée pour accompagner les notes jouées lentement par un sax soprano.


Si les gens qui écrivent se mettaient enfin à lire, les éditeurs et les libraires se porteraient mieux.

29 décembre 2009

Tout sauf ordinaire

Enregistré dans : À livres ouverts, Mes lectures belges — Lali @ 20:12

stella-corfou.jpg

Stella Corfou est tout sauf un roman ordinaire. C’est à cette conclusion que je suis arrivée quand j’ai déposé le livre de Béatrix Beck (qui a vécu une dizaine d’années au Québec), dont j’avais tant aimé Une mort irrégulière il y a de cela près de trente ans. En effet, comment pourrait-il être banal ce roman qui met en scène une marginale à la tignasse et au corps remarquables et dont le talent ne réside pas seulement dans ses extravagances de toutes sortes mais aussi dans le langage qu’elle réinvente à sa manière?

Histoire d’amour, histoire d’exil intérieur, personnages tissés avec le sens du grotesque mais sans que ça le devienne, Stella Corfou est un roman qui brise les barrières de la pudeur - il vaut mieux que vous le sachiez au cas où. Il n’en reste pas moins qu’une telle imagination, qu’une telle écriture, qui vous font parfois perdre le souffle, font qu’on ne peut rester insensible devant ce roman mettant en lumière une passionara - un peu - dingue, mais attachante.

26 décembre 2009

Des nouvelles déroutantes

Enregistré dans : À livres ouverts, Mes lectures belges — Lali @ 14:58

colette_l.jpg

Doux leurres, de Colette Lambrichs, née à Bruxelles, regroupe de courtes nouvelles, chaque fois incisives et déroutantes. Concises, presque économes, la plupart d’entre elles portent un regard énigmatique sur le réel. On peut aimer, ou pas. Or, moi j’aime ce regard, j’aime être déroutée, emmenée dans des univers qui n’ont rien du connu et sur lesquels on dérape.

De la mer du Nord en passant par Sintra et Paris, Colette Lambrichs nous offre des décors insolites pour des nouvelles qui ont plus qu’un ton. Des nouvelles qui portent en elles l’art de nous faire fléchir dans l’abîme du rêve. Et des questions.

21 décembre 2009

Quand François Emmanuel raconte la passion

Enregistré dans : À livres ouverts, Mes lectures belges — Lali @ 19:23

savinsen.jpg

La passion et tout ce qu’elle a d’interdit ont mené sa mère à la mort. Mais ça, Jeanne l’ignore quand s’ouvre le roman en 1941. Sa curiosité et son acharnement lui feront découvrir le secret de Millie Savinsen à l’heure où elle-même, Jeanne, sa fille, celle qui tient le château familial malgré sa jeunesse en l’absence de son père emprisonné et des absences de son grand-père qui a laissé sa tête se perdre dans ses souvenirs, aimera de la même manière que sa mère a aimé.

Sa mère a aimé un autre que son père avec une passion sans retenue. Jeanne aimera un ennemi, un Allemand qui aime la langue française, les poètes, la musique. Un homme qui la sortira d’elle-même et la fera rêver dans ces Ardennes occupées, dans ce château qui est le sien et qu’on a réquisitionné. Amours interdites, amours contrecarrées, amours marquantes.

La passion Savinsen, histoire d’amour, histoire de guerre, histoire tout court. Magnifiquement écrite par François Emmanuel qui chaque fois a les mots et le regard justes sur ce qui anime l’être humain. Un grand roman pour lequel on lui a décerné le prix Rossel en 1998.

23 novembre 2009

Le récit de l’innommable

Enregistré dans : À livres ouverts, Mes lectures belges — Lali @ 21:34

enlacement.gif

Ah c’est vous. Ce sont les mots qui sont venus aux lèvres d’Ana Carla Longhi. Les seuls mots possibles pour cette histoire entre elle et le narrateur-écrivain. Ah c’est vous. Parce que c’est lui, enfin. Lui qui la délivrera d’elle-même. Lui à qui elle pourra dire l’innommable pour que s’écrive ce passé qui la hante. Lui.

Lui. Qu’elle n’attendait pas et qui est venu. Qui a toujours été là. De rendez-vous en rendez-vous jusqu’à l’ultime. Lui. Qui était là quand elle s’est évanouie devant un tableau de Schiele à Vienne.

Récit intimiste et intime, L’enlacement raconte une femme, une rencontre, un amour. Improbables. Mais les rencontres qui bouleversent une vie et font des vagues dans l’eau étale, ne sont-elles pas toutes improbables?

François Emmanuel signe ici une fois de plus un livre marquant, tant par son écriture que par le regard qu’il pose sur l’âme humaine.

27 octobre 2009

Des contes cyniques, pour qui aime le genre

Enregistré dans : À livres ouverts, Mes lectures belges — Lali @ 20:21

contes-griffus.jpg

Je n’avais pas lu Jacques Sternberg depuis un moment. Et pourtant, ses Histoires à dormir sans vous ne sont jamais bien loin, si bien qu’il m’arrive régulièrement d’ouvrir ce livre pour parcourir une nouvelle, n’importe laquelle. Pour ce bonheur de l’économie de mots, pour ce regard cynique sur la vie, sur la mort, sur les femmes, qui est le sien. Ce regard que j’ai retrouvé dans Contes griffus.

Rarement tendre dans le sens propre du mot, Sternberg met en scène des écrivains, des hommes aimant la mer, des hommes volages, des femmes de rêve, Dieu, le destin, le jazz, l’amour, la mort, dans des nouvelles qui tiennent en quatre lignes ou le plus souvent en une page ou deux. Ainsi, celle-ci :

L’apparence

Il avait une telle crainte de paraître vraiment son âge devant cette si jeune femme qui l’acceptait dans sa vie, qu’il ressentait le besoin de se raser de frais quand il lui téléphonait.

On n’aime ou n’aime pas Sternberg, il en est ainsi. Avertissement tout de même : âmes sensibles s’abstenir.

13 octobre 2009

Mensonges, subterfuges et dissimulations

Enregistré dans : À livres ouverts, Mes lectures belges — Lali @ 20:18

fausses-innocence.gif

Rarement roman (qui sera diffusé en téléfilm en fin d’année, ai-je appris en me promenant dans la toile) a-t-il mieux porté son titre. Car il s’agit, oui, d’innocence, de culpabilité, de mensonges, de subterfuges, de tours de passe-passe et de dissimulations, comme il s’agit aussi d’amour.

Roger, toute sa vie, n’a aimé que Mathilda, qui a épousé un médecin pendant qu’il était au front. Elle, l’Allemande recueillie par sa famille et que sa mère considérait comme sa propre fille. Elle, l’Allemande, dans cette zone qui a été belge et allemande tour à tour, avant de faire partie de cette Belgique germanophone méconnue où mon amie Eugénie m’a emmenée, là où sur la même route, les nombres pairs sont dans un pays, et les impairs dans l’autre.

Roger, donc, toute sa vie, n’a aimé que Mathilda, qui vient lui annoncer la mort de son mari alors qu’il l’a vu bien vivant la veille puisqu’il l’a ramené chez lui. Un mari qu’elle ne peut qu’avoir tué. Il lui faudra donc devenir complice pour protéger celle qu’il aime. C’est pour lui la seule évidence, la motivation qu’il a attendu toute sa vie pour donner un sens à son quotidien sans surprise de bourgmestre entre une mère omniprésente, le bordel le samedi soir et les tombes du cimetière.

Armel Job, dont j’avais beaucoup aimé Baigneuse nue sur un rocher, se fait une fois de plus conteur dans un contexte où la vérité n’est pas toujours celle qu’on pourrait croire. Il le fait avec justesse en faisant alterner les voix de Roger et de Mathilda, jusqu’au dénouement final, jusqu’à ce que « les fausses innocences » se voient dévoilées.

18 septembre 2009

Une belle écriture n’est pas tout

Enregistré dans : À livres ouverts, Mes lectures belges — Lali @ 19:02

eventee.jpg

Dès les premières lignes de L’éventée (qu’on peut lire ici), j’ai été séduite par l’écriture poétique de Vera Feyder, et j’ai imaginé qu’il ne serait question que de ces jours qui suivent une rupture. Or, tel n’est pas le cas. Interviennent des personnages qui n’ont rien à voir avec celle qui vient de rompre, même si c’est elle qui les croise. Se glissent des bribes du passé qu’on ne comprend guère. Si bien qu’au bout de soixante pages, j’ai décidé d’abandonner, malgré la très belle écriture de Vera Feyder. L’auteure m’avait perdue dans les dédale d’une fresque qui m’éloignait des protagonistes de départ à un point tel que mon intérêt n’y était plus. Dommage.

Mais la vie est trop courte pour aller jusqu’au bout de livres qui cessent de nous interpeller, parce que trop loin du projet annoncé et amorcé.

Page suivante »