Lali

4 janvier 2012

Les vers de Nâzim 4

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 23:59

Nostalgie

Cela fait cent ans
que je n’ai pas vu ton visage
que je n’ai pas passé mon bras
autour de ta taille
que je ne vois plus mon visage dans tes yeux
cela fait cent ans que je ne pose plus de question
à la lumière de ton esprit
que je n’ai pas touché à la chaleur de ton ventre.

Cela fait cent ans
qu’une femme m’attend
dans une ville.
Nous étions penchés sur la même branche,
sur la même branche
nous en sommes tombés, nous nous sommes quittés
entre nous tout un siècle
dans le temps et dans l’espace.
Cela fait cent ans que dans la pénombre
je cours derrière toi.

Tu es mon ivresse
De toi je n’ai point dessoûlé
Je ne puis dessoûler
Je ne veux point dessoûler

Ma tête lourde
Mes genoux écorchés
Mes vêtements crottés
Je vais vers ta lumière qui brille et qui s’éteint
en titubant, tombant, me relevant.

Nâzim Hikmet, Il neige dans la nuit et autres poèmes

*choix de la lectrice de Bertha Worms

Ce geste

Filed under: Couleurs et textures — Lali @ 15:34

Il y a longtemps, plus d’un quart de siècle, ils avaient vécu ce lien fusionnel dont on parle dans les livres sans préciser qu’il est rare que celui-ci puisse être maintenu et vivaient désormais en parallèle, d’un accord tacite. Ils ne fréquentaient pas les mêmes gens sauf les rares amis de leur jeunesse épargnés par le divorce ou les déménagements à l’autre bout du pays. Et encore, rarement.

Probablement se contentaient-ils de cette vie. Ou du moins ne la remettaient-ils pas en question. Après tout, ils ne se détestaient pas. Ils ne se marchaient pas sur les pieds. Les enfants les soudaient. D’une certaine manière.

Elle n’avait pas de vraie raison de partir, au fond. Et s’il lui arrivait parfois de rêver d’une autre vie, il suffisait d’un regard insistant, d’une étreinte amicale qui se prolongeait, d’un éclat de rire dont il était exclu pour qu’il lui rappelle en l’enlaçant devant celui qu’il jugeait importun que c’était lui le propriétaire.

C’est pour ce geste qu’elle ne peut plus rester. Mais il ne le sait pas encore.

*illustration d’Art Spiegelman

Ce que mots vous inspirent 572

Filed under: Ce que mots vous inspirent,Couleurs et textures — Lali @ 8:00

La bonne humeur a quelque chose de généreux : elle donne plutôt qu’elle ne reçoit. [Alain]

*toile de Xie Yousu

3 janvier 2012

Les vers de Nâzim 3

Filed under: À livres ouverts,Couleurs et textures — Lali @ 23:59

Point du jour

Dans la maison endormie ce matin,
la lumière qui entre par la fenêtre ouverte,
comme une étoile laissée là par la nuit.
J’ai descendu l’escalier tout doucement,
je suis allée par le jardin, vers le bois de hêtres,
dans la calme fraîcheur de cette aube,
dans les arbres, la tendresse d’une jeune mère.
Par le pont de pierre, passe et s’en va mon voyage.

Nâzim Hikmet, Il neige dans la nuit et autres poèmes

*choix de la lectrice de Peter Yesis

18 jours

Filed under: États d'âme,Couleurs et textures — Lali @ 14:48

Se réhabituer aux pas dans le corridor, aux talons qui claquent dans l’escalier. Au téléphone qui sonne sans arrêt, pas nécessairement le sien. Mais les murs sont en carton.

Penser aux livres qui attendent. Patients. Silencieux.
Et puis, ne pas trop y penser. Même si.
C’était bien, 18 jours loin du bureau.

*toile d’Isabel Sanchez Anguita

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