Pas envie de faire le lit. Envie que du livre qui est resté sur la table de nuit et qui m’attend. Pas envie non plus d’aller voir sur la toile ce qui s’y tisse. Besoin de mots qui ne blesseront pas.
*sur une toile de Paul Rafferty
Pas envie de faire le lit. Envie que du livre qui est resté sur la table de nuit et qui m’attend. Pas envie non plus d’aller voir sur la toile ce qui s’y tisse. Besoin de mots qui ne blesseront pas.
*sur une toile de Paul Rafferty
J’aime provoquer des rencontres qui, sans moi, n’auraient probablement jamais lieu. Ainsi celle entre la lectrice de l’artiste du Sri Lanka Jeorge Keyt et le recueil de Christophe Condelo intitulé Les jours fragiles. Une rencontre qui lui a permis de découvrir, entre autres, ce poème :
Je vis de gestes instinctifs
au temps étrange
il me reste ta respiration
une encre encore frileuse sur les doigts
un soleil épuisé
C’est chez Kenza que j’ai découvert l’existence de Vingt-quatre heures d’une femme sensible de Constance de Salm, roman épistolaire d’abord publié en 1824 et que Phébus a réédité en 2007.
Constance de Salm, celle qu’on nomma le « Boileau des femmes », connue pour ses poèmes et pour le salon littéraire qu’elle a longtemps tenu, fut en son temps une femme de lettres accomplie, une sorte de touche-à-touche de la littérature, se frottant à presque tous les genres, doublée d’une féministe.
Vingt-quatre heures d’une femme sensible réunit des lettres, écrites principalement par la narratrice, suite à un épisode qui s’est déroulé à la sortie de l’opéra quelques heures plus tôt et qui va lui faire traverser toute la gamme des émotions en une journée.
Douleur, jalousie, indignation, négation, tristesse, larmes, incompréhension, détresse, chacune de ces émotions et bien d’autres se succèdent dans ces lettres finement écrites, dont certaines, oui, peuvent paraître excessives. Qu’elles soient plus modérées ou teintées d’excès, chacune de ces lettres donne à ce roman épistolaire la couleur de la passion, du désenchantement et de la jalousie.
Un livre qui a quelque chose de suranné. Peut-être. Et pourtant, on y trouve le tragique d’histoires semblables qui se vivent aussi aujourd’hui en 24 heures ou moins , par courriel ou messages textes.
Puis-je suggérer à la lectrice peinte par Jean Carolus la lecture de ce billet dans lequel elle se reconnaîtra peut-être?
Et si aujourd’hui nous allions rue Gustave Beaudoin, à Bois le Roi, voir ce que Chantal a bien pu y faire comme trouvaille?
On demande volontiers au polyglotte : « En quelle langue pensez-vous? » Je lui pose plutôt cette question : « En quelle langue souffrez-vous? » Celle-là, c’est la vraie, la maternelle. (Georges Duhamel)
*toile de Joseph Liesler
Maintenant que le printemps s’installe doucement sur Genève, vestiges d’une saison qui n’est plus et nouvelles pousses se côtoient, sous l’œil attendri de Denise.
Plus d’une fois, elle a levé les yeux, songeuse. La lectrice d’Oleg Lomakin apprivoisait petit à petit l’écriture de Christophe Condello, et de son recueil Les jours fragiles, elle a retenu ces vers :
Je soupire
aux abords de l’équilibre
tu étais mon miroir
en plusieurs lieux obscurs
je recherche l’invisible image sanguine
tes parfums qui me nomment
mais ne ressens que le silence
Il est des romans dans lesquels on entre sans savoir où on ira, mais en sachant dès les premières lignes qu’on suivra la narratrice là où elle voudra bien nous mener. C’est le cas de Seule Venise de Claudie Gallay.
Et c’est ce que nous faisons, la suivre dans cette ville mythique, à l’envers des clichés, dans cet hiver où elle est partie pour guérir et où elle croise des personnages comme on en rencontre seulement dans les romans, qu’il s’agisse d’un libraire qui lui fera lire Duras et Thomas Mann ou d’un prince russe handicapé auquel elle s’attache.
Un magnifique roman où tout se tisse autour de l’espoir, le sien comme celui de tous les personnages qui font battre le cœur de Venise la belle, la sensuelle, l’inatteignable. Un roman qui donne envie de tout quitter, comme la narratrice l’a fait, le temps d’aller à la rencontre d’elle-même et de tous ceux dont le destin sera marqué par le regard qu’elle pose sur eux, un regard plein de questions et empreint de tendresse.
J’aurais pu titiller vos papilles et vous faire saliver avec les photos des plats que nous avons dégustés l’autre jour à La Bonne Adresse. Mais je préfère vous laisser faire un tour sur le site de ce restaurant afin que vous y découvriez ce menu des plus alléchants. Ah au fait, ceci est une des tuiles du plancher du restaurant. Je n’ai pu résister à la prendre en photo.
Mais de quoi peuvent bien discuter les lecteurs de David Hockney? D’un endroit où on trouve des photos qui devraient plaire à plus d’un?
Et si nous suivions une fois encore Chantal? Elle tient absolument à nous faire voir le magnifique lavoir de Bris le Roi.
Qui écrirait encore grand’mère plutôt que grand-mère? Et pourtant, jusqu’en 1935, personne n’aurait utilisé de trait d’union, alors qu’il fait désormais partie de nos usages. Donc, si on écrivait désormais weekend en un seul mot?
*toile de Friedrich Ortlieb
Ce n’est pas parce que notre amie Lilas fait une longue pause qu’elle ne s’émerveille pas du printemps qui arrive doucement en Auvergne. Ainsi, ses premiers crocus qu’elle nous offre avec joie!
À peine ai-je entendu les pages tourner tant la lectrice de l’artiste Michelle Mendoza l’a fait avec délicatesse. Avec cette douceur inspirée par Les jours fragiles de Christophe Condello, dont elle a voulu retenir ces vers :
Je dérive parmi les rues
de ma mémoire enneigée
comme des braises qui rougeoient
sous une cendre illusoire
je reviens sur les mots
qui marquent le lieu
où l’histoire se réinvente
Hésiter. Chercher le mot. L’adjectif. Hésiter encore. Douter, même. Et puis laisser les mots se poser eux-mêmes sans intervenir. Constater l’effet. Hésiter une nouvelle fois. Biffer l’adjectif inutile. Laisser le mot respirer sans lui. Écrire, c’est ça aussi.
*sur une toile de George Goodwin Kilburne
Mais que viennent donc de trouver les lecteurs peints par Goya? Cette photo insolite? Doublement insolite si on cherche dans ce dictionnaire le sens du mot « gosse »…
C’est place Jeanne Platet que se poursuit la promenade à Bois le Roi que nous avons entamée la semaine dernière en compagnie de Chantal, laquelle durera encore quelques jours tant les fresques sont nombreuses dans cette ville de Seine-et-Marne.